La Fondation Fleur de Lys célèbre son dixième anniversaire – Le Peuple Lévis

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Ils sont les pionniers de l’édition en ligne au Québec

La Fondation littéraire Fleur de Lys célèbre son dixième anniversaire

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Serge André Guay de la Fondation littéraire Fleur de Lys et Renée Fournier, libraire.
Photo : Catherine Bouchard

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Par Catherine Bouchard
Mardi 11 juin 2013

Créée le 2 juin 2003, la maison d’édition de la Fondation Fleur de Lys, maintenant le http://www.manuscritdepot.com avait déjà, après six mois d’existence, 181 auteurs et 220 promesses de manuscrits. «Ça venait de partout dans la francophonie», souligne le fondateur Serge-André Guay. Aujourd’hui, après 10 ans, près de 500 auteurs sont passés à la maison d’édition en ligne et 360 titres sont disponibles avec trois options d’édition.

Si M. Guay a décidé de développer sa propre maison d’édition en ligne, c’est qu’il voulait publier l’un de ses essais, Comment motiver le consommateur à l’achat. En développant la maison d’édition en ligne, non seulement il rendait possible son projet, mais en s’associant avec d’autres auteurs qui souhaitaient la même chose, plusieurs ont pu concrétiser leur rêve.

Par ailleurs, bien que les auteurs professionnels font affaire avec les maisons d’édition traditionnelles, plusieurs ont tout de même de la misère à être publiés. C’est ainsi que, peu après la création de la Fondation Fleur de Lys, les auteurs professionnels faisaient leur entrée à la maison d’édition, à la demande de l’Union des écrivains québécois. «Ça augmente la qualité du catalogue de livres, souligne M. Guay. Ça leur permet d’augmenter l’espoir d’être lus»

Une maison d’édition courtisée

Pour l’avenir, M. Guay a bien des projets pour sa maison d’édition, dont celui d’une distribution plus large. «On veut aller sur Archambault, Renaud-Bray, Amazon et Barnes and noble, indique M. Guay. C’est là que l’on veut aller. On est courtisé. On a 360 titres en français et il y a pénurie de titres en français.» Déjà, M. Guay a rencontré des responsables chez Archambault, une histoire à suivre, peut-être. Quoi qu’il en soit, le monde de l’édition devrait changer un peu de mentalité sur la politique du livre au Québec, et ce, au nom du patrimoine littéraire.

«Dans les cinq prochaines années, peut-être, mais il faudrait changer la Loi du livre ou à tout le moins l’attitude. Pour le milieu de l’édition, un livre qui est sur internet, ce n’est pas un vrai livre, insiste-t-il. Si on veut une image juste du patrimoine littéraire, il faut tenir compte de tous ces gens qui écrivent en dehors du réseau.»

Lire cet article en ligne sur le site internet de l’hebdomadaire Le Peuple Lévis

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Publié dans Souvenir de presse

Gagnants des concours du 1er juin 2013 – Dixième anniversaire de la Fondation littéraire Fleur de Lys

Concours dixième anniversaire
de la Fondation littéraire Fleur de Lys

TIRAGES DU 1er JUIN 2013

  • La gagnante du Dictionnaire Visuel de Québec Amérique est madame Renée Clermont.
  • Le gagnant de cinq livres coup de cœur de votre éditeur dans le cadre du concours réservé à nos amis(es) Facebook est Jonathan Cyr.
  • La gagnante de trois exemplaires coup de cœur de l’éditeur dans le cadre du concours Abonnement à la lettre d’information de la Fondation littéraire Fleur de Lys est Cécile Brousseau.

Félicitations à ces gagnants !

Voir tous les concours

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Publié dans Concours

Le 2 juin 2013, c’est notre dixième anniversaire

LETTRE OUVERTE & TÉMOIGNAGE

LE PEUPLE EN ÉCRITURE ET LE NOUVEAU MONDE DU LIVRE

Par Serge-André Guay, président éditeur
Fondation littéraire Fleur de Lys

La Fondation littéraire Fleur de Lys, pionnier québécois de l’édition en ligne, fête ses dix ans d’existence en ce 2 juin 2013. Serge-André Guay, président éditeur, profite de l’occasion pour mettre en perspective les expériences de l’association sans but lucratif.

LE PEUPLE EN ÉCRITURE

Instruits, expérimentés, souvent retraités d’une carrière professionnelle au cours de laquelle ils ont dû lire et écrire chaque jour, activités devenues aujourd’hui des loisirs. Ils signent leurs autobiographies ou l’histoire de leur famille et lignée, des essais traitant de leurs expériences de travail ou des sujets qu’ils ont désormais le temps d’approfondir, des romans de tous les genres révélant une grande imagination. Ils représentent une part de plus en plus importante de la population. Ils forment le peuple en écriture.

Première génération à profiter de la démocratisation de l’accès à l’instruction publique, de l’école obligatoire introduite au Québec il y a 70 ans cette année, ils ont fait du diplôme scolaire le plus important héritage à léguer par les parents à leurs enfants. Grâce à la liberté de penser ainsi acquise, ces enfants devenus de jeunes adultes dans les années soixante ont fait la Révolution tranquille.

Leurs nouvelles passions pour la littérature a permis la naissance de l’industrie québécoise du livre au cours des années soixante-dix. Un peuple de lecteurs est né supportant une toute nouvelle cohorte d’écrivains.

Ils furent incités leur vie durant à devenir des acteurs actifs plutôt que de demeurer de simples observateurs, mais ils n’eurent pas le temps de laisser libre court à toutes leurs ambitions, toujours plus occupés qu’ils étaient à la maison et au travail. Le temps obtenu pour les loisirs à grand renfort de négociation collective fut consacré en grande partie à des activités passives : la télévision, le cinéma et la lecture.

Mais plusieurs d’entre eux entretenaient secrètement le goût de l’écriture espérant passer à l’action au départ des enfants de la maison à leur retraite. Le temps venu, ils furent beaucoup plus nombreux à écrire que tous les pronostics envisagés et, ce faisant, de plus en plus nombreux à voir leurs manuscrits refusés par les éditeurs déjà débordés par les écrivains professionnels. Sans autre avenue, plusieurs manuscrits finirent leurs jours dans les fonds de tiroirs, et plusieurs nouveaux auteurs amateurs issus des premières retraites anticipées se découragèrent momentanément.

LE NOUVEAU MONDE DU LIVRE

Les nouvelles technologies du numérique ont tout bouleversé, notamment en démocratisant l’accès à l’édition grâce à l’internet, l’édition en ligne, et l’impression à la demande de micro-tirage voire d’un seul exemplaire à la fois à la demande expresse de chaque lecteur.

Le succès spontané de ces nouvelles alternatives à l’édition traditionnelle dès la fin des années 90 en Europe et aux États-Unis a étonné les milieux du livre. Au Québec, l’appel à la création du premier éditeur en ligne lancé en juin 2003 surprend tout autant avec l’appui de 160 auteurs et 221 promesses de manuscrit en six mois.

Le projet québécois innove et impose des normes. L’alternative privant l’auteur de toute distribution dans les librairies traditionnelles, dont l’accès se limite à la production des éditeurs traditionnels, on ne peut pas exiger de l’auteur de signer un contrat qui l’engage pour la vie, mais plutôt une licence d’édition de deux ans.

Plus encore, le contrat proposé à l’auteur lui permet de poursuivre sa recherche d’un éditeur traditionnel et de rompre son contrat sans aucun préjudice en cas de succès. L’objectif est de permettre à l’auteur de profiter de toute occasion de distribution de son livre dans les librairies avec pignon sur rue s’il parvient à intéresser un éditeur traditionnel. Pour ce faire, l’auteur doit toujours disposer de ses droits sur son œuvre. Le contrat proposé dans le cadre du projet québécois n’exige donc pas la cession des droits d’auteur.

L’offre unique en son genre séduit des auteurs de partout dans la francophonie et cinq ans plus tard, notre maison d’édition en ligne comptera 50% de ses auteurs en provenance de l’étranger, un imprimeur et une équipe de bénévoles en France pour répondre à la demande.

Depuis recentrée sur le Québec en raison de l’augmentation constante de la demande intérieure, la Fondation littéraire Fleur de Lys s’inscrit désormais dans la durée de par sa persévérance face à cette flopée d’éditeurs en ligne dont le modèle n’a pas permis la survie. Celui de la Fondation devenue une communauté d’auteurs et de lecteurs à frais partagés a démontré sa viabilité, pour autant qu’il puisse compter sur le bénévolat de son personnel, une contribution financière fixe de l’auteur et des lecteurs, peu importe le nombre de pages et la valeur de l’œuvre, à quelques exceptions près.

Hypersensible à la place du peuple en écriture au sein de notre patrimoine littéraire, la Fondation a mené une lutte si acharnée qu’on a dit haut et fort (jusqu’en France) que je recherchais uniquement la controverse. Certes, j’ai exprimé des opinions tranchées mais jamais gratuites car toujours justifiées par des analyses et des enquêtes inédites, reprises par plusieurs médias. En ce dixième anniversaire, permettez-moi cette fois-ci de tendre enfin la main en invitant tout un chacun à la pratique d’une politique du livre qui soit inclusive face à tous ces nouveaux auteurs et écrivains professionnels qui trouvent dans l’ère numérique un véritable salut.

Un nouveau mouvement culturel est né. Pour le comprendre, on peut se référer à un nouveau concept introduit par la Fondation : la contre-édition en référence à la contre-culture des années 60 et 70. Pour le marché traditionnel de l’édition, les nouvelles technologies et habitudes des lecteurs forcent une évolution. Pour le nouveau marché de l’édition, ces mêmes technologies donnent lieu à une révolution. Mais le but demeure le même pour tous : permettre l’émancipation du peuple en écriture.

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Publié dans Lettre ouverte, Petite histoire

Le malaise des écrivains face au monde virtuel

SOUVENIR DIXIÈME ANNIVERSAIRE – DOSSIER 2008

La presse française a souvent consacré des éditions spéciales aux nouveaux mondes du livre. Ce fut le cas du prestigieux magazine COURRIER INTERNATIONAL en mars 2008, une occasion idéale pour monter un dossier sur notre site d’actualité. Pour souligner le dixième anniversaire de la Fondation littéraire Fleur de Lys, revoici ce dossier. Serge-André Guay

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Littér@ture : Le livre à l’ère du numérique – Hebdo n° 906 du 13 mars 2008
Après le cinéma, la photographie et la musique, est-ce au tour du livre d’entrer dans la révolution numérique ? L’usage d’Internet et des nouvelles technologies de reproduction – comme celle du livre électronique – oblige les écrivains à repenser leur pratique de l’écriture, mais aussi les lecteurs à envisager d’autres modes de consommation des textes. Le point sur les balbutiements d’une nouvelle culture littéraire.

 

Le dossier Littér@ture : Le livre à l’ère du numérique publié dans l’édition du 13 mars 2008 de l’hebdomadaire Courrier international nous permet de comprendre une part du malaise des écrivains face au monde virtuel. Dans ce dossier, on retrouve un article intitulé «Place au roman 2.0» présenté en ces mots: «La littérature peut-elle représenter un monde de plus en plus virtuel ? En 2006, le magazine en ligne Slate invitait les auteurs américains Gary Shteyngart et Walter Kim à en débattre. Extrait de leur échange.» L’article original en anglais du magazine Slate est accessible gratuitement en ligne sous le titre «The Novel, 2.0».

Il ne faut pas perdre de vue la question : «La littérature peut-elle représenter un monde de plus en plus virtuel ?». Walter Kim écrit:

«Voici où je veux en venir : ce nouveau monde me déconcerte, à la fois comme romancier et comme individu. Et cette désorientation tient au fait que je raisonne (et lis et écris) encore de façon linéaire, alors que je me retrouve à vivre dans des boucles sans fin. Il se passe trop de choses chaque jour, tout se passe en même temps et pourtant, en un sens, il ne se passe rien du tout. Il est difficile de mettre en scène une journée passée à traiter des signaux électroniques.

J’ai lu quelque part que les écrivains des années 1960 étaient tourmentés par le fait que la vie devenait plus étrange et plus sensationnelle que ne pouvait espérer l’être des histoires inventés. Notre problème − plus grave, je pense −, c’est que la vie ne ressemble plus à une histoire. Les choses s’entrecroisent mais ne progressent pas. Les gens communiquent sans entrer en contact. Les décors se déplace sans nécessairement changer.»

Walter Kim

Source :

Courrier internationale, Place au roman 2.0, pp. 42-43, 13 mars 2008.

Slate magazine, The Novel, 2.0, 10 octobre 2006.

C’est vrai, le monde virtuel a tout pour ébranler l’écrivain qui veut en témoigner. Une écriture linéaire, respectant l’ordre dans lequel se produisent les événements, se prête mal au monde virtuel avec sa multitude de réalités instantanées qui donne l’impression de passer du coq à l’âne jusqu’à épuisement.

Le meilleur exemple qui me vient à l’esprit est celui de mon fils de 18 ans qui peut se prêter à un jeux en ligne, discuter avec une amie sur son cellulaire tout en échangeant avec plusieurs personnes sur deux ou trois sites de clavardage en même temps. Comment écrire une histoire en pareil contexte ? Il faut dire que la simple description de ces activités n’en fait pas une histoire à suivre. «Tout se passe en même temps» comme le souligne l’écrivain Walter Kim.

Dans le monde virtuel, ce n’est plus quelques analepses (flash-back) ou prolepses (projection dans le futur) qui peuvent suffire à la tâche pour recoudre la réalité au présent. Au contraire, l’histoire se compliquerait à ce point que la densité du présent deviendrait insupportable au lecteur. Il aurait alors l’impression d’être immobile dans le temps malgré les pages défilant devant lui.

«La littérature peut-elle représenter ce monde ? Peut-elle représenter ce que cela fait de l’habiter ? Les films, eux, ont renoncé à essayer. Le mieux qu’ils puissent faire est de montrer des allers et retours entre les gens qui se parlent au téléphone ou de montrer quelqu’un qui tape sur un clavier puis ce qui apparaît sur l’écran.»

Walter Kim

Source :

Courrier internationale, Place au roman 2.0, pp. 42-43, 13 mars 2008.

Slate magazine, The Novel, 2.0, 10 octobre 2006.

Puis, une autre question se pose, plus existentialiste celle-là : une fois branché à ce monde virtuel, l’histoire de l’individu se poursuit-elle réellement ? Est-il toujours le même homme ou la même femme avec la même histoire ? À l’ère des pseudonymes et de l’anonymat qui règnent en roi et maître sur l’Internet, l’individu devient-il un personnage voire plusieurs personnages à la fois ? Si oui, comment le mettre en scène sans dédoubler sa personnalité mainte et mainte fois dans une même histoire, cohérente et linéaire? Serait-ce toujours l’histoire de l’individu qui devient une autre personne une fois branché sur ce monde virtuel ? Et si chacun clame être le même ou simplement jouer un personnage de son invention, plus libre ou plus tordu que nature, comment expliquer sa diversité et ses penchants ?

Le monde virtuel n’est pas un simple reflet du monde réel. À prime abord, il semble que l’histoire ne se vit pas plus qu’elle s’invente et se raconte de la même manière dans chacun de ces deux mondes. Le tangible et l’intangible tout comme le visible et l’invisible auxquels les écrivains sont si familiers ne les placent pas pour autant dans une situation confortable face au monde virtuel comme on aimerait le croire. «Les romanciers, qui ont accès à l’invisible, devraient être bien placés pour faire mieux (que le cinéma − voir l’encadré ci-dessus). Mais comment?, se demande l’écrivain Walter Kim.

Pour certains, le monde virtuel n’est que le prolongement du monde réel et, de ce fait, il lui est intimement lié. Ils défendront aisément cette hypothèse par l’influence du monde virtuel sur le monde réel, par exemple, sur les politiciens. Mais il ne faut pas oublier une chose, le monde virtuel ne tient qu’à un fil, un simple fil de transmission, ce qui ne se compare en rien aux tenants et aboutissants du monde réel. La création au bout du fil, le monde virtuel, est loin d’être de même nature que le monde réel. On peut donc se demander si les personnages de l’un et de l’autre partagent une nature commune car vivre dans un prolongement du monde réel, quelqu’il soit, implique un passage, et celui dans le monde virtuel n’est pas inoffensif. La personne semble profondément transformée au point de ne plus tenir à son identification, son visage, son nom, sa profession,…, son histoire ! Si le passage dans le monde virtuel procure des gains, il enregistre aussi plusieurs pertes. Est-ce profitable, pour l’individu lui-même et pour le monde réel ?

Pour d’autres, le monde virtuel n’est qu’un ensemble de supports électroniques de communications. La meilleure concrétisation du «village global» prédit par le sociologue canadien des communications, Marshall McLuhan [ site officiel ]. On soutient même que le «terme né de l’impression de proximité que l’on peut ressentir avec ses correspondants sur Internet» (source), ce qui est faux, bien entendu. Le terme «Village global» tel que popularisé aujourd’hui est issu du livre «La galaxie Gutenberg» signé par Marshall McLuhan publié en 1962 et précédemment, des livres «Finnegans Wake» de James Joyce et «America and Cosmic Man» de Wyndham Lewis, publiés respectivement en 1939 et 1948 (source).

Que certaines personnes attribuent aujourd’hui le terme «Village global» à l’avènement de l’Internet est caractéristique d’une perception du monde virtuel fort répandue mais fausse car c’est en se référant à la découverte et à l’expansion de l’imprimerie (Galaxie Gutenberg) que McLuhan utilise le terme. Le rapprochement en raison de la diffusion rejoignant désormais un plus grande nombre de gens qu’à l’époque précédant l’arrivée de l’imprimerie fera dire à McLuhan que le monde devient un village planétaire, du moins pour l’Occident. Et avec l’imprimerie est venu le livre : «Le livre, en raison de sa malléabilité, incite les hommes à lire et à penser individuellement, à se centrer sur eux-mêmes. Dans La Galaxie Gutenberg, McLuhan écrit: «  Printing, a ditto device, confirmed and extended the new visual stress. It created the portable book, which men could read in privacy and isolation from others ». (source) «L’individu se replie sur lui, devient « linéaire », «  unidimensionnel  », terme employé par James Joyce, romancier fort apprécié de McLuhan, et repris par Herbert Marcuse dans son ouvrage, L’Homme unidimensionnel, écrit en 1964.» (source)

S’il est difficile de définir cet homme d’une seule dimension, on peut s’attarder au retour du mot «linéaire»: «L’individu se replie sur lui, devient  »linéaire »». C’est exactement ce «linéaire» qui bloque les écrivains face au monde virtuel. Rappelons-nous cette affirmation de Walter Kim (premier encadré ci-dessus) : «Voici où je veux en venir : ce nouveau monde me déconcerte, à la fois comme romancier et comme individu. Et cette désorientation tient au fait que je raisonne (et lis et écris) encore de façon linéaire, alors que je me retrouve à vivre dans des boucles sans fin.»

Le moins que l’on puisse dire, c’est que le monde virtuel tel l’Internet n’est pas linéaire, pas plus qu’unidimensionnel, ne serait-ce qu’en raison des liens hypertextes qui s’ouvrent sur de nombreuses informations, du multimédias qui éveille d’autres sens que la vue avec l’audio et la vidéo et de l’interactivité qui suscite la participation. Le linéaire (respect de l’ordre dans lequel se produisent les événements) est quasiment impossible dans le monde virtuel parce que non seulement les événements se bousculent mais ils se produisent en même temps.

On vient peut être de trouver ici pourquoi les jeunes nés depuis l’avènement de ce monde virtuel éprouvent des difficultés à lire et à écrire des textes linéaires le moindrement longs, ce qui y inclus les livres, papier ou virtuel. Nous savons tous que le mode de communication influence la pensée dans sa structure même. Or, les visites du monde virtuel ne sont pas particulièrement reconnues pour être linéaires. On peut présumer que plus le lien entre ce monde virtuel et le jeune est étroit et intense, plus il s’éloigne d’une pensée linéaire. Le problème, c’est que la transmission du savoir aux jeunes générations repose encore sur la pensée linéaire et unidimensionnelle héritée de l’avènement de l’imprimerie.

Le monde virtuel, dit-on, est avant tout tribal, comme le monde réel avant l’imprimerie. C’est le retour en force du bouche à oreille, version virtuelle, avec l’image et le son en plus grâce aux microphones et aux Webcams. Et c’est aussi le retour en force de la «tribu», avec les sites de clavardage et les blogues.

Cependant, la discussion sur le site de l’hebdomadaire culturel Voir au sujet d’un article intitulé «Trop de blogues ?» laisse entrevoir que la «nouvelle tribu» n’a rien en commun avec la vie tribale d’antan. L’un des participants, Éric Milette, écrit, nous mettons en caractères gras les passages qui nous intéressent: «Les blogs répondent à une demande culturelle pour plus de liberté et moins d’autorité dans les médias. Bien sûr, blogs ou télévision, on est tout aussi libre du contenu qui entre dans notre cerveau, par contre, le blog pulvérise le concept d’autorité dans les domaines culturels.» En réponse à un autre participant, monsieur Millette ajoute : «Je parlais de l’Autorité avec un grand « A ». Par exemple, plus il y a de blogs politiques, moins l’avis des experts (qui détiennent une autorité sur un sujet) est respecté. Et plus ces mêmes experts finissent par utiliser le même langage et alors creusent leurs propres tombes.» Dans un autre de ses commentaires, monsieur Millette écrit: «(…) Je soutiens tout de même que le web est maintenant le lieu d’un retour de la pensée tribale. (…)». Et à un autre participant qui lui demande «Dites-moi, est-ce que la pensée tribale était disparue? N’y a-t-il pas toujours eu de ces lieu où la conversation était dirigée à un petit clan? Jadis, c’était les clubs sociaux, aujourd’hui, les blogues?», monsieur Millette répond :

«Ce n’est pas qu’elle était disparue mais elle était amoindrie. Les clubs sociaux dont vous parlez ne sont pas nécessairement indépendants du reste de la société. Ils sont parfois actifs dans leurs communautés ou ils ne sont que des lieux de rencontres pour ceux et celles qui aiment la même activité. Ils ne constituent pas des modes de vie complets. On est membre d’un club mais on y fait pas sa vie.

Le néo-tribalisme, ce n’est pas non plus des regroupements politiques, comme les syndicats par exemple. Ces derniers sont ancrés dans la vie collective moderne. Ils ne s’excluent pas de la société, ils prennent leur place dans celle-ci. Or, les néo-tribus s’autonomisent par leurs mythes, leurs rituels, leurs codes, etc. Bien sûr, ils vivent encore dans la société moderne, mais ils n’y participent pas ou très peu.

Comprenez-moi bien, les néo-tribus ont une vision bien à elles du monde que nous partageons de sorte qu’elles ne partagent plus les mythes nécessaires à une vie politique collective. Chacune d’elles s’isole graduellement des autres et alors les revendications politiques n’ont plus de poids. Bien sûr, le monde politique continue de fonctionner, mais toujours sur son inertie; il n’y a plus de changement, plus d’innovation, on se répète ou on suit religieusement le mouvement des nouvelles techniques.

Et je crois que l’internet avec ses blogs est le terrain privilégié de ces néo-tribus car maintenant, les gens peuvent s’isoler médiatiquement dans leurs visions du monde. Ils ne sont plus confrontés aux autres, sauf dans la rue ou au travail (alors on se ferme les yeux et on se « plogue » sur on ipod et on attend que ça passe). On ne peut plus atteindre ces gens-là car ils ont toujours un lieu virtuel où se cacher. Chacun y allant de ses propres « ressentis » tribaux pour comprendre ce qui arrive. On ne cherche plus à partager une vision commune, plus ou moins conflictuelle, du monde que nous partageons par la politique.

Et les puissants de ce monde dorment alors bien tranquilles…»

Éric Millette

Source : Journal culturel VOIR

La tribu du monde virtuel est différente de la tribu d’antan du monde réel parce qu’elle n’est pas sous l’autorité d’un chef qui la dirige ou d’un sage qui la guide. On observe souvent dans le monde virtuel une sainte horreur de l’autorité… traditionnelle ou telle qu’on la connaît dans le monde réel. Car, dans les faits, le temps venu d’argumenter, on cherche souvent dans le monde virtuel à prendre autorité sur le monde réel. Plusieurs tribus du monde virtuel ne sont donc que des regroupements de personnes qui se sentent dominées dans le monde réel.

L’écrivain trouvera peu d’inspiration dans ce nouveau tribalisme du monde virtuel car le thème «Dominants – Dominés» est épuisé depuis longtemps même si certains s’y complaisent, généralement pour les archives.

Revenons à la question posée par l’écrivain Walter Kim : «La littérature peut-elle représenter ce monde virtuel ?». L’écrivain se demande si un nouveau style littéraire s’impose. Personnellement, je ne crois pas qu’il faille inventer un nouveau style littéraire pour témoigner du monde virtuel; l’écriture linéaire s’impose d’autant plus que la compréhension de l’œuvre par le lecteur est en jeu. Le style de lecture dominant est linéaire. La cible d’une littérature représentant le monde virtuel ne se compose pas des habitants du monde virtuel mais de ceux du monde réel. L’écrivain n’a donc pas à inventer un nouveau style d’écriture à l’image du monde virtuel pour représenter ce dernier. La majorité des lecteurs de littérature est née avant la naissance de ce monde virtuel ; elle a l’habitude des histoires linéaires et la logique du monde virtuel ne lui sied pas très bien.

Lors du lancement de notre maison d’édition en ligne en juin 2003, nous nous attendions à une ruée de jeunes auteurs, plus familiers avec l’Internet que leurs aînées. Ce ne fut pas le cas. La moyenne d’âge de nos auteurs dépasse les 50 ans. Et le livre papier traditionnel représente plus de 90% de nos ventes.

À la seconde question posée par l’écrivain Walter Kim, la littérature peut-elle représenter ce que cela fait d’habiter le monde virtuel?, je répond par l’affirmative. La littérature peut tout raconter. La question elle-même m’apparaît découler d’un certaine incompréhension du monde virtuel. Ce dernier n’est pas un monde à part, quoiqu’on en pense. Car non seulement le monde virtuel a ses propres repères, mais il se réfère constamment au monde réel. Seule l’extension technologique éloigne le monde virtuel du monde réel. Et c’est l’effet de cet éloignement, de soi-même dans un autre monde, qui agit sur les habitants du monde virtuel. C’est le cas, par exemple, de cette impression de liberté que l’auteur d’un blogue éprouve en publiant un billet sur Internet. Un tel personnage est facilement imaginable dans un roman. Et on imagine qu’il sera vite coupé d’une réalité pour une autre ou déchiré entre deux réalités ou encore suspendu entre les deux. Je le répète, la littérature peut tout raconter et, au sujet de monde virtuel, il n’est pas besoin de contraindre l’écriture à un autre style que linéaire.

Qui plus est, l’abandon du style linéaire n’est pas utile car la logique n’émerge pas d’elle-même, tant dans le monde réel que virtuel. Pour être compris, il faut respecter un certain ordre dans lequel se produisent les événements, même superposés les uns aux autres dans le temps et dans l’espace, à moins d’aimer l’absurde.

Dans les deux cas, le Courrier international et le magazine en ligne Slate, on parle du «roman 2.0» en allusion au «Web 2.0» : «Place au roman 2.0» et «The Novel, 2.0».

Au détour d’articles et autres dossiers de presse, vous avez sans doute découvert que le Web entrait dans une nouvelle version : 2.0. Plutôt étrange sachant que le Web n’est ni un programme, ni un langage de programmation qui pourrait justifier une numérotation des nouvelles versions. Du reste, les définitions semblent se contredire comme le souligne Hubert Guillaud sur InternetActu : « D’un côté, il est vu comme le basculement des techniques vers des services, de l’autre il représente un nouveau réseau d’interaction sociale. Dans les deux cas pourtant, il replace l’utilisateur et ses relations avec les autres, plutôt qu’avec des contenus ou des machines, au centre de l’internet. Le web 2.0 est résolument relationnel. » La première phrase de l’article de Guy Hervier sur ITRManager restitue bien la confusion et la multiplicité des définitions qui sont associées à ce web 2.0, né de nulle part : « Le Web 2.0 est une sorte d’auberge espagnole où chacun peut apporter quelque chose ou trouver ce qu’il souhaite. Concept technologique pour les uns, évolution fonctionnelle du Web pour les autres, vaporware marketing pour d’autres encore… » Mais comme le signale Hubert Guillaud, tous s’entendent toutefois sur le fait que « le web 2.0 est une plate-forme d’innovation qui fait en quelque sorte du web un système d’exploitation. » Anicet Mbida sur 01Net conforte cette analyse, récapitulant les précédentes versions que l’on peut envisager du Web dans ce contexte (1.0 et 1.5) et estimant qu’avec la version 2.0 « le Web n’est plus une collection de sites, mais une sorte de système d’exploitation pour applications Web. À terme, les services de Web 2.0 pourraient remplacer les applications bureautiques. » Finalement, Wikipédia offre une définition suffisamment large à ce concept étendu : « Web 2.0 est un terme souvent utilisé pour désigner ce qui est perçu comme une transition importante du World Wide Web, passant d’une collection de sites web à une plateforme informatique à part entière, fournissant des applications web aux utilisateurs. Les défenseurs de ce point de vue soutiennent que les services du Web 2.0 remplaceront progressivement les applications de bureau traditionnelles. »

Toutes ces lectures sont à compléter avec cet article d’Eric van der Vlist, « Web 2.0 : mythe et réalité« , très complet.

Source

Cette autre définition résume bien le Web 2.0: «Considéré comme l’évolution naturelle du web actuel, le web 2.0 est un concept d’utilisation d’internet qui a pour but de valoriser l’utilisateur et ses relations avec les autres.» (source) En image, voici la différence en le Web 1.0 (partie supérieure de l’illustration) et le Web 2.0 (partie inférieure de l’illustration) :

Pour avoir une idée de ce qu’est le «roman 2.0», il suffit de remplacer «site web 2.0» par «roman 2.0» dans l’illustration ci-dessus.

Le roman 1.0 se limitait à la publication d’une œuvre sur un site Internet par son auteur. Les internautes intéressés pouvaient accéder au site et lire le roman, page par page ou chapitre par chapitre. Le roman 1.0 pouvait alors contenir autant d’illustrations que le souhaitait l’auteur, sans aucune des contraintes budgétaires connues avec l’impression papier. L’auteur pouvait aussi mettre autant de liens hypertextes voulus dans son texte. Les romans version 1.0 les plus originaux contenaient aussi des pages pour la présentation des personnages, du décor, de l’époque, les sources factuelles,…

Le roman 2.0 implique une participation des lecteurs à l’œuvre. Au départ, cette œuvre peut être le fruit du travail d’un seul ou de plusieurs auteurs. Dans un cas, l’œuvre publiée sera complète et on attendra de la part des lecteurs des critiques que l’auteur est libre d’accepter pour ensuite, le cas échéant, modifier son œuvre. Dans un autre cas, l’œuvre publiée est incomplète et l’auteur compte sur les lecteurs pour l’aider à en poursuivre l’écriture voire pour écrire eux-mêmes la suite. L’auteur peut se donner le rôle de modérateur et publier ainsi uniquement les contributions qu’il approuve ou être un simple spectateur. La participation des lecteurs peut prendre différentes formes. Par exemple, l’auteur peut poser une question aux lecteurs et les réponses influencer sa rédaction de la suite du roman: «Que pensez-vous que le personnage XYZ fera?», «Que contient l’enveloppe laissée sur la table de chevet du personnage principal?», «Avec qui discute le personnage XYZ au téléphone?»,… Une autre consiste à demander aux lecteurs d’écrire eux-mêmes des parties du roman. À l’occasion, le dénouement d’une telle œuvre ne fera pas consensus et l’auteur lui donnera plusieurs fins optionnelles. Dans les deux cas, le produit final est «œuvre évolutive». À ce roman pourra s’ajouter tout ce que le Web 2.0 offre: des extraits audio, des vidéos, un site de clavardage avec l’auteur, un blogue d’échange entre les lecteurs, des cartes géographiques animées,…

Ainsi, non seulement la littérature peut représenter le monde virtuel mais elle peut elle-même en faire partie, avec ou sans participation des lecteurs internautes.

Le seul et unique problème du roman 2.0, c’est l’intérêt et la cohérence de l’œuvre, comme le démontrent des expériences passées. Sur Internet, le style linéaire est difficile à maintenir en raison des lecteurs contributeurs, ces derniers en ne se donnant pas toujours la peine de prendre connaissance de l’ensemble des travaux d’écriture avant de contribuer.

Le malaise des écrivains face au roman 2.0 n’étonnera personne puisque l’écriture est avant tout un acte solitaire.


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Publié dans Dossiers souvenirs

«Que Victor Lévy Beaulieu brûle son œuvre et n’oublie rien»

SOUVENIRS DIXIÈME ANNIVERSAIRE
DE LA FONDATION LITTÉRAIRE FLEUR DE LYS

Le chantage de Victor Lévy Beaulieu à la nation québécoise

En février 2008 Victor Lévy Beaulieu « a voulu dénoncer le recul de la cause indépendantiste et la fin de « l’unilinguisme français de la Loi 101 » » en brulant un exemplaire de son roman La grande tribu, c’est la faute à Papineau et en menaçant de faire de même avec tous ses livres, j’ai répondu par une lettre d’opinion au titre inusité «Que Victor Lévy Beaulieu brûle son œuvre et n’oublie rien».

«Que Victor Lévy Beaulieu brûle son œuvre et n’oublie rien»

Serge-André Guay, président éditeur, Fondation littéraire Fleur de Lys

Le 29 février dernier dans le quotidien montréalais La Presse, la journaliste Chantal Guy nous apprenait que Victor-Lévy Beaulieu avait brûlé son dernier livre le jour même de son lancement: «Hier à Trois-Pistoles, au lancement de son plus récent titre La grande tribu, c’est la faute à Papineau, l’écrivain Victor-Lévy Beaulieu a exprimé son désarroi quant à l’avenir du Québec et la survie de la langue française en brûlant un exemplaire de son livre. Il estime qu’il n’y a plus de parti indépendantiste et que si le Québec devient un «district bilingue», ce sera la disparition de la nation québécoise francophone.»

Le geste incongru a inspiré un billet à Pierre Assouline, journaliste littéraire du quotidien le Monde et animateur du blogue «La république des livres»:

Grotesquerie québécoise

C’est certainement symbolique mais tout de même, le symbole est un peu difficile à avaler. Victor-Lévy Beaulieu, un écrivain et éditeur à qui rien de ce qui est québécois n’est étranger, nous a certes habitué aux différentes formes que ses colères et indignations peuvent revêtir. Mais l’on ne s’attendait pas à ce qu’il fasse un tel sort à La Grande tribu, c’est la faute à Papineau (875 pages, Éditions Trois-Pistoles), son 70 ème et plus récent livre, en signe de protestation. C’est un projet littéraire aussi fou que son précédent pavé sur James Joyce sauf qu’il s’agit cette fois strictement de “ma vision du Kebek” à travers les pérégrinations du narrateur nommé Habaquq Cauchon; celui-ci s’apercevant que ses ancêtres étaient mi-hommes mi-cochons fera la révolution avec l’aide d’un certain nombre de personnages dont “l’épormyable” poète Claude Gauvreau. Certes, mais pourquoi en brûler un exemplaire à peine sorti des presses dans son poêle à bois ? Pour gueuler son désarroi et prévenir qu’il se retire de la vie publique (deux mois, n’exagérons rien). Si rien n’est fait et rien ne bouge, il brûlera toute son œuvre car cela signifiera que tout ce qu’il a écrit n’a servi à rien. “Sans véritable patrie, sans liberté, sans souveraineté et sans indépendance, l’individu n’est qu’une statistique, et les statistiques ne sont que les débris que laisse derrière elle l’Histoire des autres.» dit-il. Particulièrement pessimiste sur l’avenir de la langue française dans son pays, Victor-Lévy Beaulieu craint qu’à très court terme le Québec ne devienne un district bilingue, ce qui selon lui signerait l’arrêt de mort de la nation québécoise francophone. A propos, La Grande tribu relève du genre “grotesquerie” comme l’indique l’auteur en sous-titre. N’empêche que son cri d’alarme repose sur un constat tout ce qu’il y a de plus sérieux.

Pierre Assouline, Le Monde,

blogue «La république des livres».

 

LETTRE D’OPINION

Commentaire de Serge-André Guay, président éditeur
Fondation littéraire Fleur de Lys

Le Québec de Victor Lévy Beaulieu me tombe sur les nerfs depuis toujours. Son «Québec» est tout ce qu’il y a de plus terne, bourré de petites vies sombres, hypocrites, maladives, vengeresses et dépressives où la chicane et la trahison s’abreuvent à une nature humaine tordue. Victor Lévy Beaulieu fait partie de ceux et celles qui croient que le reflet dans un miroir culturel aide les gens à se comprendre, à s’accepter et à changer pour le mieux. Mais ce n’est pas en passant des heures devant un miroir (livre, radio, télévision) que l’humain saisit sa destiné. Le miroir, c’est un gadget pour cacher aux autres ses réelles intentions. Comment ne pas penser aux découvreurs de l’Amérique remettant aux indiens des fragments de miroirs à qui ils volèrent ensuite les terres.

«Si rien n’est fait et rien ne bouge, il brûlera toute son œuvre car cela signifiera que tout ce qu’il a écrit n’a servi à rien.» Victor Lévy Beaulieu a passé toute sa vie à marchander des miroirs de la société québécoise sous son angle la plus sombre. On ne peut pas parvenir à autre chose qu’une vue sombre. Il fait partie de ceux qui ont tué le rêve québécois en le poussant dans une nuit sans fin. Victor Lévy Beaulieu vient de sombrer dans la noirceur de son œuvre mouvante comme Nelligan dans l’abîme du rêve.

Sa génération, celle des révolutionnaires tranquilles, sera maudite malgré son œuvre. À l’instar de l’église catholique d’avant la Révolution tranquille dominant le Québécois, Victor Lévy Beaulieu fait du chantage en annonçant qu’il brûlera son œuvre. Qu’il la brûle sans rien oublier car il est temps qu’une vraie lumière nous donne un peu d’espoir.

Serge-André Guay, président éditeur
Fondation littéraire Fleur de Lys

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C’était osé mais comment laisser un écrivain, quel qu’il soit, menacer ainsi le peuple québécois parce que ce dernier n’épouse pas son opinion politique. Notez que mon opinion n’opposait pas une allégeance politique mais plutôt l’image souvent négative du peuple québécois en perpétuel chicane de famille mise en scène dans l’œuvre de Victor Lévy Beaulieu.

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« et que seul Internet acceptait désormais de publier », Pierre Samson, Catastrophe

SOUVENIRS – DIXIÈME ANNIVERSAIRE
DE LA FONDATION LITTÉRAIRE FLEUR DE LYS

La Fondation littéraire Fleur de Lys a lutté activement contre la perception négative de l’Internet au sein du milieu littéraire Québécois, une lutte difficile puisque la plupart des critiques relavaient de rumeurs, très difficiles à cerner. La publication du roman Catastrophe de l’écrivain Pierre Samson en avril 2007 et mettant en scène le milieu littéraire québécois, m’a donné une occasion unique de contester cette attitude négative face au nouveau monde du livre . Ma critique de son livre fut très sévère. La voici en souvenir de notre dixième anniversaire.

Perception négative de l’Internet au sein du milieu littéraire québécois

Livre au sujet du milieu littéraire québécois

«Catastrophe» de Pierre Samson

Je vous le dis : n’achetez pas ce livre !

Un roman signé par Pierre Samson et mettant en scène le milieu littéraire québécois vient de paraître aux éditions Les herbes rouges sous le titre Catastrophes. L’œuvre est encensée par la critique :

Pierre Samson: Le bal des ego – La Presse

Menus désastres – Voir

Pour la littérature – Le devoir

À titre d’éditeur, je me suis fait un devoir de me procurer et de lire ce roman. Je l’ai détesté. La lecture de Catastrophes m’a donné une véritable crise d’urticaire linguistique dès le premier chapitre. Ce qu’Étienne Lalonde, chroniqueur au journal culturel Voir, a nommé comment étant des «emportements d’une langue à la vivacité noble» et traité comme étant «une langue foisonnante digne des grands stylistes du genre», fut pour moi source d’une aversion instantanée. Et n’allez pas croire que c’est une question de goût personnel, pas plus que lorsqu’on met le pied dans un nid de guêpes. Car c’est l’impression que j’ai eue à la lecture de ce «roman-dictionnaire». C’est comme si l’auteur avait mis le pied dans un nid de vocabulaire pour donner lieu à un déploiement intense de mille «mots-piqueurs». Voici un exemple :

«Pendant que son cœur bat la chamade et que des rubans de sueur grasse illuminent son cuir chevelu, sa cervelle s’élance dans d’inextricables circonvolutions, allant même jusqu’à repêcher dans ce bassin de déclaration interminables du grand chef, des cadavres étymologiques : kata, en dessous, strophê, air chanté, venu de strephein, tourner, donc tourner par-dessous, mal tourner, ce qui, délire-t-il, veut dire qu’un mauvais poème est nécessairement une catastrophe, et vice versa.»

Et un autre :

« Si l’homme, clone déplumé du capitaine Haddock, est un formidable moteur à explosion délivré de ses soupapes, il a l’âme d’un poète quand vient l’heure des injures, faisant tournoyer le signifié autour du signifiant pour les envoyer valser vers l’offenseur. Mais le projectile tombait immanquablement hors limites, généralement dans un no man’s land, car personne n’écoutait l’artilleur une fois essuyé la première exclamation détonatrice.»

Est-ce vraiment une question de goût et de style personnels ? Permettez-moi d’en douter. Il y a dans cette écriture la démarche d’un homme handicapé d’une jambe ou, plutôt, par une troisième jambe. C’est le genre d’écriture où l’on voit l’auteur se pencher continuellement sur son dictionnaire, pardon, ses dictionnaires. Et si style il y a, il faut le reconnaître, on doit dire que ce dernier écrase tout son son passage, y compris l’histoire racontée. Car quand les tournures de phrases et le vocabulaire attirent ainsi l’attention, on perd de vue l’histoire.

J’ai prêté le livre à un ami de la fondation, membre du conseil d’administration, lui-même auteur de deux romans et lecteur aguerri, pour obtenir le même diagnostique du malade après les trois premiers chapitres. «Impossible d’aller plus loin» m’a-t-il affirmé. Il l’a ensuite prêté à son épouse mais sans succès. Elle a refusé de le lire après seulement quelques paragraphes.

Je vous le dis : n’achetez pas ce livre ! Au pis allé, empruntez-le à votre bibliothèque et, même encore là, donnez-vous la peine de lire quelques passages avant de procéder à l’emprunt.

On trouve une seule allusion à l’édition en ligne dans ce roman :

«Au bar, Danielle a repris son travail d’absorption des doléances du barbu; la celliste semble remise de sa crise d’épilepsie, un autobiographe forcené, enfant prodigue des années post-Reagan et que seul Internet acceptait désormais de publier, arrose copieusement son foie, le cul répandu sur un bac; la vedette des Éditions de l’Oseille, caution artistique de l’entreprise, peaufine son rôle de timide pathologique, elle qui se faisait le devoir d’arriver en retard aux lectures collectives, bouleversant ainsi la mise en scène pour passer en dernier; et une autre étoile, mais pâlissante avant même d’avoir atteint son apogée, dictait des sophismes à une recherchiste de télé.»

(Ouf ! Et c’est ainsi tout le long du récit.) Pour ce qui nous préoccupe, on retiendra : « et que seul Internet acceptait désormais de publier ». Ce court commentaire en dit long sur l’attitude du milieu littéraire québécois dont témoigne l’auteur dans son roman. En fait, il confirme ce que les membres de la direction de la fondation observent depuis la création de l’organisme en 2003. Non seulement le Québec est-il en retard dans le domaine de l’édition en ligne mais les acteurs du milieu semblent eux-mêmes attardés. Comment dire autrement la réalité lorsque le ministère de la culture et des communications du Québec, par la voie de son directeur de la région de Montréal, compare notre fondation à YouTube, comme si l’édition en ligne consistait à permettre aux auteurs de diffuser eux-mêmes leurs manuscrits, et ce, à l’état brut, sur un site internet commun, et de rajouter Pierre Samson dans son roman, « et que seul Internet acceptait désormais de publier ». Qu’importe par quel bout de la lorgnette vous examiner la situation, le message est clair : les auteurs édités sur Internet sont nuls, ou si vous préférez, seuls les auteurs édités par les maison d’édition traditionnels sont vraiment des auteurs.

Notez que les Éditions Les herbes rouges, éditeur du roman Catastrophe de Pierre Samson, n’ont pas de site internet ou, plutôt, qu’ils se sont faits voler l’url de leur nom « http://lesherbesrouges.com/ », ce dernier conduisant à un annuaire de sites pornographiques. Et la seule adresse de courrier électronique annoncer par les Éditions Les herbes rouges est une adresse Bell/sympatico, ce qui confirme qu’ils n’ont pas de nom de domaine propre. Il aurait pu enregistrer à tout le moins «editionslesherbesrouges.com» mais ils ne l’ont pas fait. Et ça se permet de publier un roman qui encourage une perception négative de l’édition sur Internet. Ils ne sont même pas sur Internet !

Serge-André Guay, président éditeur
Fondation littéraire Fleur de Lys

P.S. : Ça fait du bien !

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Et dire que ce livre a reçu le prix littéraire des collégiens

Le Prix littéraire des collégiens remis à Pierre Samson – Catastrophes, le préféré des cégépiens

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La pression exercée par la Fondation littéraire Fleur de Lys sur les salons du livre

Depuis sa création en 2003, la Fondation littéraire Fleur de Lys a exercé une pression continue pour la reconnaissance du nouveau monde du livre au Québec, une reconnaissance qui passe par une information adéquate des Québécois. Nous avons surveillé de très prêt le monde traditionnel du livre et dénoncé son retard à intégrer le nouveau monde du livre. Les salons du livre furent souvent dans notre mire. Événement idéal pour informer la population, les salons du livre européens ont vite fait une place de choix au nouveau monde du livre (éditeurs en ligne, livres électroniques, livres numériques,…). Malheureusement, les salons du livre au Québec ne suivent pas l’exemple européen et s’en tiennent au monde traditionnel du livre. En 2009, j’écris à Didié Fessou, chroniqueur littéraire au quotidien LE SOLEIL pour lui souligner l’absence du nouveau monde du livre à la suite du dévoilement de la liste des exposants et de la programmation du Salon du livre de Québec. Monsieur Fessou donnera suite à mon courriel dans un article intitulé «Un absent, le livre de demain».

le-soleil

Un absent, le livre de demain

Didier Fessou
Le Soleil
Publié le 12 avril 2009 à 05h00 | Mis à jour à 05h00

(Québec) Au nom de la Fondation littéraire Fleur de Lys dont il est le président et éditeur, Serge-André Guay m’a envoyé ce courriel dans lequel il plaide en faveur d’un salon du nouveau monde du livre au Québec à l’image de l’espace Lectures de dem@in du Salon du livre de Paris.

Il écrit : «Le Salon du livre de Paris a doublé son espace dédié aux Lectures de dem@in en présentant pas moins de 28 conférences consacrées à l’avenir du livre. C’est grâce à de pareilles initiatives que la nouvelle économie du livre se développe en France. Au Québec, rien de tel, même à notre échelle.

«Lors du dernier Salon du livre de Montréal, les visiteurs ont pu voir quelques livres électroniques et assister à une table ronde sur le sujet. Même s’il s’agissait d’une grande première pour le Salon du livre de Montréal, la direction n’a cru bon s’impliquer. En fait, l’événement fut organisé par un exposant, la Librairie Monet, en collaboration avec le Consulat général de France à Montréal.

«Et la direction du Salon du livre de Montréal n’a pas accueilli le projet de la librairie Monet à bras ouverts. À la question ?Comment le Salon du livre a-t-il réagi lorsque vous leur avez dit que vous vouliez présenter le livre électronique à votre kiosque??, M. Monet m’a répondu : ?Il n’était pas trop chaud à l’idée. Ce kiosque me coûte 10 000 $ pour six jours. Au lieu de mettre cet argent dans mes poches, j’ai préféré organiser cet événement pour lancer la réflexion au sujet du livre électronique auprès des lecteurs.? La conférence a fait salle comble, mais aucun média montréalais n’a couvert cette grande première malgré la présence de plusieurs d’entre eux sur le site même du salon.

«Alors que faut-il envisager pour donner un coup de pouce au développement de la nouvelle économie du livre au Québec? Un salon du nouveau monde du livre où seront abordés tous les thèmes utiles pour sensibiliser les lecteurs et les auteurs : l’édition électronique, l’édition en ligne sur Internet, l’encre, le papier et le livre électroniques, le livre numérique et ses différents formats, l’impression à la demande, les droits d’auteurs numériques, les contrats d’édition électronique, les librairies et les bibliothèques virtuelles, les enjeux culturels et économiques, la diversité éditoriale en ligne, la démocratisation de l’accès à l’édition, etc. Les sujets ne manquent pas. La Fondation littéraire Fleur de Lys est à la recherche de partenaires pour organiser un tel salon. Le projet pourrait prendre la forme d’un espace dédié pour les salons du livre existants dans les différentes régions du Québec.»

Le 25 mars, en conférence de presse, le grand manitou du Salon du livre de Québec, Philippe Sauvageau, s’est formellement engagé à consacrer temps et espace aux nouvelles technologies du livre et de l’édition… l’année prochaine!

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