« et que seul Internet acceptait désormais de publier », Pierre Samson, Catastrophe

SOUVENIRS – DIXIÈME ANNIVERSAIRE
DE LA FONDATION LITTÉRAIRE FLEUR DE LYS

La Fondation littéraire Fleur de Lys a lutté activement contre la perception négative de l’Internet au sein du milieu littéraire Québécois, une lutte difficile puisque la plupart des critiques relavaient de rumeurs, très difficiles à cerner. La publication du roman Catastrophe de l’écrivain Pierre Samson en avril 2007 et mettant en scène le milieu littéraire québécois, m’a donné une occasion unique de contester cette attitude négative face au nouveau monde du livre . Ma critique de son livre fut très sévère. La voici en souvenir de notre dixième anniversaire.

Perception négative de l’Internet au sein du milieu littéraire québécois

Livre au sujet du milieu littéraire québécois

«Catastrophe» de Pierre Samson

Je vous le dis : n’achetez pas ce livre !

Un roman signé par Pierre Samson et mettant en scène le milieu littéraire québécois vient de paraître aux éditions Les herbes rouges sous le titre Catastrophes. L’œuvre est encensée par la critique :

Pierre Samson: Le bal des ego – La Presse

Menus désastres – Voir

Pour la littérature – Le devoir

À titre d’éditeur, je me suis fait un devoir de me procurer et de lire ce roman. Je l’ai détesté. La lecture de Catastrophes m’a donné une véritable crise d’urticaire linguistique dès le premier chapitre. Ce qu’Étienne Lalonde, chroniqueur au journal culturel Voir, a nommé comment étant des «emportements d’une langue à la vivacité noble» et traité comme étant «une langue foisonnante digne des grands stylistes du genre», fut pour moi source d’une aversion instantanée. Et n’allez pas croire que c’est une question de goût personnel, pas plus que lorsqu’on met le pied dans un nid de guêpes. Car c’est l’impression que j’ai eue à la lecture de ce «roman-dictionnaire». C’est comme si l’auteur avait mis le pied dans un nid de vocabulaire pour donner lieu à un déploiement intense de mille «mots-piqueurs». Voici un exemple :

«Pendant que son cœur bat la chamade et que des rubans de sueur grasse illuminent son cuir chevelu, sa cervelle s’élance dans d’inextricables circonvolutions, allant même jusqu’à repêcher dans ce bassin de déclaration interminables du grand chef, des cadavres étymologiques : kata, en dessous, strophê, air chanté, venu de strephein, tourner, donc tourner par-dessous, mal tourner, ce qui, délire-t-il, veut dire qu’un mauvais poème est nécessairement une catastrophe, et vice versa.»

Et un autre :

« Si l’homme, clone déplumé du capitaine Haddock, est un formidable moteur à explosion délivré de ses soupapes, il a l’âme d’un poète quand vient l’heure des injures, faisant tournoyer le signifié autour du signifiant pour les envoyer valser vers l’offenseur. Mais le projectile tombait immanquablement hors limites, généralement dans un no man’s land, car personne n’écoutait l’artilleur une fois essuyé la première exclamation détonatrice.»

Est-ce vraiment une question de goût et de style personnels ? Permettez-moi d’en douter. Il y a dans cette écriture la démarche d’un homme handicapé d’une jambe ou, plutôt, par une troisième jambe. C’est le genre d’écriture où l’on voit l’auteur se pencher continuellement sur son dictionnaire, pardon, ses dictionnaires. Et si style il y a, il faut le reconnaître, on doit dire que ce dernier écrase tout son son passage, y compris l’histoire racontée. Car quand les tournures de phrases et le vocabulaire attirent ainsi l’attention, on perd de vue l’histoire.

J’ai prêté le livre à un ami de la fondation, membre du conseil d’administration, lui-même auteur de deux romans et lecteur aguerri, pour obtenir le même diagnostique du malade après les trois premiers chapitres. «Impossible d’aller plus loin» m’a-t-il affirmé. Il l’a ensuite prêté à son épouse mais sans succès. Elle a refusé de le lire après seulement quelques paragraphes.

Je vous le dis : n’achetez pas ce livre ! Au pis allé, empruntez-le à votre bibliothèque et, même encore là, donnez-vous la peine de lire quelques passages avant de procéder à l’emprunt.

On trouve une seule allusion à l’édition en ligne dans ce roman :

«Au bar, Danielle a repris son travail d’absorption des doléances du barbu; la celliste semble remise de sa crise d’épilepsie, un autobiographe forcené, enfant prodigue des années post-Reagan et que seul Internet acceptait désormais de publier, arrose copieusement son foie, le cul répandu sur un bac; la vedette des Éditions de l’Oseille, caution artistique de l’entreprise, peaufine son rôle de timide pathologique, elle qui se faisait le devoir d’arriver en retard aux lectures collectives, bouleversant ainsi la mise en scène pour passer en dernier; et une autre étoile, mais pâlissante avant même d’avoir atteint son apogée, dictait des sophismes à une recherchiste de télé.»

(Ouf ! Et c’est ainsi tout le long du récit.) Pour ce qui nous préoccupe, on retiendra : « et que seul Internet acceptait désormais de publier ». Ce court commentaire en dit long sur l’attitude du milieu littéraire québécois dont témoigne l’auteur dans son roman. En fait, il confirme ce que les membres de la direction de la fondation observent depuis la création de l’organisme en 2003. Non seulement le Québec est-il en retard dans le domaine de l’édition en ligne mais les acteurs du milieu semblent eux-mêmes attardés. Comment dire autrement la réalité lorsque le ministère de la culture et des communications du Québec, par la voie de son directeur de la région de Montréal, compare notre fondation à YouTube, comme si l’édition en ligne consistait à permettre aux auteurs de diffuser eux-mêmes leurs manuscrits, et ce, à l’état brut, sur un site internet commun, et de rajouter Pierre Samson dans son roman, « et que seul Internet acceptait désormais de publier ». Qu’importe par quel bout de la lorgnette vous examiner la situation, le message est clair : les auteurs édités sur Internet sont nuls, ou si vous préférez, seuls les auteurs édités par les maison d’édition traditionnels sont vraiment des auteurs.

Notez que les Éditions Les herbes rouges, éditeur du roman Catastrophe de Pierre Samson, n’ont pas de site internet ou, plutôt, qu’ils se sont faits voler l’url de leur nom « http://lesherbesrouges.com/ », ce dernier conduisant à un annuaire de sites pornographiques. Et la seule adresse de courrier électronique annoncer par les Éditions Les herbes rouges est une adresse Bell/sympatico, ce qui confirme qu’ils n’ont pas de nom de domaine propre. Il aurait pu enregistrer à tout le moins «editionslesherbesrouges.com» mais ils ne l’ont pas fait. Et ça se permet de publier un roman qui encourage une perception négative de l’édition sur Internet. Ils ne sont même pas sur Internet !

Serge-André Guay, président éditeur
Fondation littéraire Fleur de Lys

P.S. : Ça fait du bien !

________________________

Et dire que ce livre a reçu le prix littéraire des collégiens

Le Prix littéraire des collégiens remis à Pierre Samson – Catastrophes, le préféré des cégépiens

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Président éditeur, Fondation littéraire Fleur de Lys

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Publié dans Petite histoire

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