Le malaise des écrivains face au monde virtuel

SOUVENIR DIXIÈME ANNIVERSAIRE – DOSSIER 2008

La presse française a souvent consacré des éditions spéciales aux nouveaux mondes du livre. Ce fut le cas du prestigieux magazine COURRIER INTERNATIONAL en mars 2008, une occasion idéale pour monter un dossier sur notre site d’actualité. Pour souligner le dixième anniversaire de la Fondation littéraire Fleur de Lys, revoici ce dossier. Serge-André Guay

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Littér@ture : Le livre à l’ère du numérique – Hebdo n° 906 du 13 mars 2008
Après le cinéma, la photographie et la musique, est-ce au tour du livre d’entrer dans la révolution numérique ? L’usage d’Internet et des nouvelles technologies de reproduction – comme celle du livre électronique – oblige les écrivains à repenser leur pratique de l’écriture, mais aussi les lecteurs à envisager d’autres modes de consommation des textes. Le point sur les balbutiements d’une nouvelle culture littéraire.

 

Le dossier Littér@ture : Le livre à l’ère du numérique publié dans l’édition du 13 mars 2008 de l’hebdomadaire Courrier international nous permet de comprendre une part du malaise des écrivains face au monde virtuel. Dans ce dossier, on retrouve un article intitulé «Place au roman 2.0» présenté en ces mots: «La littérature peut-elle représenter un monde de plus en plus virtuel ? En 2006, le magazine en ligne Slate invitait les auteurs américains Gary Shteyngart et Walter Kim à en débattre. Extrait de leur échange.» L’article original en anglais du magazine Slate est accessible gratuitement en ligne sous le titre «The Novel, 2.0».

Il ne faut pas perdre de vue la question : «La littérature peut-elle représenter un monde de plus en plus virtuel ?». Walter Kim écrit:

«Voici où je veux en venir : ce nouveau monde me déconcerte, à la fois comme romancier et comme individu. Et cette désorientation tient au fait que je raisonne (et lis et écris) encore de façon linéaire, alors que je me retrouve à vivre dans des boucles sans fin. Il se passe trop de choses chaque jour, tout se passe en même temps et pourtant, en un sens, il ne se passe rien du tout. Il est difficile de mettre en scène une journée passée à traiter des signaux électroniques.

J’ai lu quelque part que les écrivains des années 1960 étaient tourmentés par le fait que la vie devenait plus étrange et plus sensationnelle que ne pouvait espérer l’être des histoires inventés. Notre problème − plus grave, je pense −, c’est que la vie ne ressemble plus à une histoire. Les choses s’entrecroisent mais ne progressent pas. Les gens communiquent sans entrer en contact. Les décors se déplace sans nécessairement changer.»

Walter Kim

Source :

Courrier internationale, Place au roman 2.0, pp. 42-43, 13 mars 2008.

Slate magazine, The Novel, 2.0, 10 octobre 2006.

C’est vrai, le monde virtuel a tout pour ébranler l’écrivain qui veut en témoigner. Une écriture linéaire, respectant l’ordre dans lequel se produisent les événements, se prête mal au monde virtuel avec sa multitude de réalités instantanées qui donne l’impression de passer du coq à l’âne jusqu’à épuisement.

Le meilleur exemple qui me vient à l’esprit est celui de mon fils de 18 ans qui peut se prêter à un jeux en ligne, discuter avec une amie sur son cellulaire tout en échangeant avec plusieurs personnes sur deux ou trois sites de clavardage en même temps. Comment écrire une histoire en pareil contexte ? Il faut dire que la simple description de ces activités n’en fait pas une histoire à suivre. «Tout se passe en même temps» comme le souligne l’écrivain Walter Kim.

Dans le monde virtuel, ce n’est plus quelques analepses (flash-back) ou prolepses (projection dans le futur) qui peuvent suffire à la tâche pour recoudre la réalité au présent. Au contraire, l’histoire se compliquerait à ce point que la densité du présent deviendrait insupportable au lecteur. Il aurait alors l’impression d’être immobile dans le temps malgré les pages défilant devant lui.

«La littérature peut-elle représenter ce monde ? Peut-elle représenter ce que cela fait de l’habiter ? Les films, eux, ont renoncé à essayer. Le mieux qu’ils puissent faire est de montrer des allers et retours entre les gens qui se parlent au téléphone ou de montrer quelqu’un qui tape sur un clavier puis ce qui apparaît sur l’écran.»

Walter Kim

Source :

Courrier internationale, Place au roman 2.0, pp. 42-43, 13 mars 2008.

Slate magazine, The Novel, 2.0, 10 octobre 2006.

Puis, une autre question se pose, plus existentialiste celle-là : une fois branché à ce monde virtuel, l’histoire de l’individu se poursuit-elle réellement ? Est-il toujours le même homme ou la même femme avec la même histoire ? À l’ère des pseudonymes et de l’anonymat qui règnent en roi et maître sur l’Internet, l’individu devient-il un personnage voire plusieurs personnages à la fois ? Si oui, comment le mettre en scène sans dédoubler sa personnalité mainte et mainte fois dans une même histoire, cohérente et linéaire? Serait-ce toujours l’histoire de l’individu qui devient une autre personne une fois branché sur ce monde virtuel ? Et si chacun clame être le même ou simplement jouer un personnage de son invention, plus libre ou plus tordu que nature, comment expliquer sa diversité et ses penchants ?

Le monde virtuel n’est pas un simple reflet du monde réel. À prime abord, il semble que l’histoire ne se vit pas plus qu’elle s’invente et se raconte de la même manière dans chacun de ces deux mondes. Le tangible et l’intangible tout comme le visible et l’invisible auxquels les écrivains sont si familiers ne les placent pas pour autant dans une situation confortable face au monde virtuel comme on aimerait le croire. «Les romanciers, qui ont accès à l’invisible, devraient être bien placés pour faire mieux (que le cinéma − voir l’encadré ci-dessus). Mais comment?, se demande l’écrivain Walter Kim.

Pour certains, le monde virtuel n’est que le prolongement du monde réel et, de ce fait, il lui est intimement lié. Ils défendront aisément cette hypothèse par l’influence du monde virtuel sur le monde réel, par exemple, sur les politiciens. Mais il ne faut pas oublier une chose, le monde virtuel ne tient qu’à un fil, un simple fil de transmission, ce qui ne se compare en rien aux tenants et aboutissants du monde réel. La création au bout du fil, le monde virtuel, est loin d’être de même nature que le monde réel. On peut donc se demander si les personnages de l’un et de l’autre partagent une nature commune car vivre dans un prolongement du monde réel, quelqu’il soit, implique un passage, et celui dans le monde virtuel n’est pas inoffensif. La personne semble profondément transformée au point de ne plus tenir à son identification, son visage, son nom, sa profession,…, son histoire ! Si le passage dans le monde virtuel procure des gains, il enregistre aussi plusieurs pertes. Est-ce profitable, pour l’individu lui-même et pour le monde réel ?

Pour d’autres, le monde virtuel n’est qu’un ensemble de supports électroniques de communications. La meilleure concrétisation du «village global» prédit par le sociologue canadien des communications, Marshall McLuhan [ site officiel ]. On soutient même que le «terme né de l’impression de proximité que l’on peut ressentir avec ses correspondants sur Internet» (source), ce qui est faux, bien entendu. Le terme «Village global» tel que popularisé aujourd’hui est issu du livre «La galaxie Gutenberg» signé par Marshall McLuhan publié en 1962 et précédemment, des livres «Finnegans Wake» de James Joyce et «America and Cosmic Man» de Wyndham Lewis, publiés respectivement en 1939 et 1948 (source).

Que certaines personnes attribuent aujourd’hui le terme «Village global» à l’avènement de l’Internet est caractéristique d’une perception du monde virtuel fort répandue mais fausse car c’est en se référant à la découverte et à l’expansion de l’imprimerie (Galaxie Gutenberg) que McLuhan utilise le terme. Le rapprochement en raison de la diffusion rejoignant désormais un plus grande nombre de gens qu’à l’époque précédant l’arrivée de l’imprimerie fera dire à McLuhan que le monde devient un village planétaire, du moins pour l’Occident. Et avec l’imprimerie est venu le livre : «Le livre, en raison de sa malléabilité, incite les hommes à lire et à penser individuellement, à se centrer sur eux-mêmes. Dans La Galaxie Gutenberg, McLuhan écrit: «  Printing, a ditto device, confirmed and extended the new visual stress. It created the portable book, which men could read in privacy and isolation from others ». (source) «L’individu se replie sur lui, devient « linéaire », «  unidimensionnel  », terme employé par James Joyce, romancier fort apprécié de McLuhan, et repris par Herbert Marcuse dans son ouvrage, L’Homme unidimensionnel, écrit en 1964.» (source)

S’il est difficile de définir cet homme d’une seule dimension, on peut s’attarder au retour du mot «linéaire»: «L’individu se replie sur lui, devient  »linéaire »». C’est exactement ce «linéaire» qui bloque les écrivains face au monde virtuel. Rappelons-nous cette affirmation de Walter Kim (premier encadré ci-dessus) : «Voici où je veux en venir : ce nouveau monde me déconcerte, à la fois comme romancier et comme individu. Et cette désorientation tient au fait que je raisonne (et lis et écris) encore de façon linéaire, alors que je me retrouve à vivre dans des boucles sans fin.»

Le moins que l’on puisse dire, c’est que le monde virtuel tel l’Internet n’est pas linéaire, pas plus qu’unidimensionnel, ne serait-ce qu’en raison des liens hypertextes qui s’ouvrent sur de nombreuses informations, du multimédias qui éveille d’autres sens que la vue avec l’audio et la vidéo et de l’interactivité qui suscite la participation. Le linéaire (respect de l’ordre dans lequel se produisent les événements) est quasiment impossible dans le monde virtuel parce que non seulement les événements se bousculent mais ils se produisent en même temps.

On vient peut être de trouver ici pourquoi les jeunes nés depuis l’avènement de ce monde virtuel éprouvent des difficultés à lire et à écrire des textes linéaires le moindrement longs, ce qui y inclus les livres, papier ou virtuel. Nous savons tous que le mode de communication influence la pensée dans sa structure même. Or, les visites du monde virtuel ne sont pas particulièrement reconnues pour être linéaires. On peut présumer que plus le lien entre ce monde virtuel et le jeune est étroit et intense, plus il s’éloigne d’une pensée linéaire. Le problème, c’est que la transmission du savoir aux jeunes générations repose encore sur la pensée linéaire et unidimensionnelle héritée de l’avènement de l’imprimerie.

Le monde virtuel, dit-on, est avant tout tribal, comme le monde réel avant l’imprimerie. C’est le retour en force du bouche à oreille, version virtuelle, avec l’image et le son en plus grâce aux microphones et aux Webcams. Et c’est aussi le retour en force de la «tribu», avec les sites de clavardage et les blogues.

Cependant, la discussion sur le site de l’hebdomadaire culturel Voir au sujet d’un article intitulé «Trop de blogues ?» laisse entrevoir que la «nouvelle tribu» n’a rien en commun avec la vie tribale d’antan. L’un des participants, Éric Milette, écrit, nous mettons en caractères gras les passages qui nous intéressent: «Les blogs répondent à une demande culturelle pour plus de liberté et moins d’autorité dans les médias. Bien sûr, blogs ou télévision, on est tout aussi libre du contenu qui entre dans notre cerveau, par contre, le blog pulvérise le concept d’autorité dans les domaines culturels.» En réponse à un autre participant, monsieur Millette ajoute : «Je parlais de l’Autorité avec un grand « A ». Par exemple, plus il y a de blogs politiques, moins l’avis des experts (qui détiennent une autorité sur un sujet) est respecté. Et plus ces mêmes experts finissent par utiliser le même langage et alors creusent leurs propres tombes.» Dans un autre de ses commentaires, monsieur Millette écrit: «(…) Je soutiens tout de même que le web est maintenant le lieu d’un retour de la pensée tribale. (…)». Et à un autre participant qui lui demande «Dites-moi, est-ce que la pensée tribale était disparue? N’y a-t-il pas toujours eu de ces lieu où la conversation était dirigée à un petit clan? Jadis, c’était les clubs sociaux, aujourd’hui, les blogues?», monsieur Millette répond :

«Ce n’est pas qu’elle était disparue mais elle était amoindrie. Les clubs sociaux dont vous parlez ne sont pas nécessairement indépendants du reste de la société. Ils sont parfois actifs dans leurs communautés ou ils ne sont que des lieux de rencontres pour ceux et celles qui aiment la même activité. Ils ne constituent pas des modes de vie complets. On est membre d’un club mais on y fait pas sa vie.

Le néo-tribalisme, ce n’est pas non plus des regroupements politiques, comme les syndicats par exemple. Ces derniers sont ancrés dans la vie collective moderne. Ils ne s’excluent pas de la société, ils prennent leur place dans celle-ci. Or, les néo-tribus s’autonomisent par leurs mythes, leurs rituels, leurs codes, etc. Bien sûr, ils vivent encore dans la société moderne, mais ils n’y participent pas ou très peu.

Comprenez-moi bien, les néo-tribus ont une vision bien à elles du monde que nous partageons de sorte qu’elles ne partagent plus les mythes nécessaires à une vie politique collective. Chacune d’elles s’isole graduellement des autres et alors les revendications politiques n’ont plus de poids. Bien sûr, le monde politique continue de fonctionner, mais toujours sur son inertie; il n’y a plus de changement, plus d’innovation, on se répète ou on suit religieusement le mouvement des nouvelles techniques.

Et je crois que l’internet avec ses blogs est le terrain privilégié de ces néo-tribus car maintenant, les gens peuvent s’isoler médiatiquement dans leurs visions du monde. Ils ne sont plus confrontés aux autres, sauf dans la rue ou au travail (alors on se ferme les yeux et on se « plogue » sur on ipod et on attend que ça passe). On ne peut plus atteindre ces gens-là car ils ont toujours un lieu virtuel où se cacher. Chacun y allant de ses propres « ressentis » tribaux pour comprendre ce qui arrive. On ne cherche plus à partager une vision commune, plus ou moins conflictuelle, du monde que nous partageons par la politique.

Et les puissants de ce monde dorment alors bien tranquilles…»

Éric Millette

Source : Journal culturel VOIR

La tribu du monde virtuel est différente de la tribu d’antan du monde réel parce qu’elle n’est pas sous l’autorité d’un chef qui la dirige ou d’un sage qui la guide. On observe souvent dans le monde virtuel une sainte horreur de l’autorité… traditionnelle ou telle qu’on la connaît dans le monde réel. Car, dans les faits, le temps venu d’argumenter, on cherche souvent dans le monde virtuel à prendre autorité sur le monde réel. Plusieurs tribus du monde virtuel ne sont donc que des regroupements de personnes qui se sentent dominées dans le monde réel.

L’écrivain trouvera peu d’inspiration dans ce nouveau tribalisme du monde virtuel car le thème «Dominants – Dominés» est épuisé depuis longtemps même si certains s’y complaisent, généralement pour les archives.

Revenons à la question posée par l’écrivain Walter Kim : «La littérature peut-elle représenter ce monde virtuel ?». L’écrivain se demande si un nouveau style littéraire s’impose. Personnellement, je ne crois pas qu’il faille inventer un nouveau style littéraire pour témoigner du monde virtuel; l’écriture linéaire s’impose d’autant plus que la compréhension de l’œuvre par le lecteur est en jeu. Le style de lecture dominant est linéaire. La cible d’une littérature représentant le monde virtuel ne se compose pas des habitants du monde virtuel mais de ceux du monde réel. L’écrivain n’a donc pas à inventer un nouveau style d’écriture à l’image du monde virtuel pour représenter ce dernier. La majorité des lecteurs de littérature est née avant la naissance de ce monde virtuel ; elle a l’habitude des histoires linéaires et la logique du monde virtuel ne lui sied pas très bien.

Lors du lancement de notre maison d’édition en ligne en juin 2003, nous nous attendions à une ruée de jeunes auteurs, plus familiers avec l’Internet que leurs aînées. Ce ne fut pas le cas. La moyenne d’âge de nos auteurs dépasse les 50 ans. Et le livre papier traditionnel représente plus de 90% de nos ventes.

À la seconde question posée par l’écrivain Walter Kim, la littérature peut-elle représenter ce que cela fait d’habiter le monde virtuel?, je répond par l’affirmative. La littérature peut tout raconter. La question elle-même m’apparaît découler d’un certaine incompréhension du monde virtuel. Ce dernier n’est pas un monde à part, quoiqu’on en pense. Car non seulement le monde virtuel a ses propres repères, mais il se réfère constamment au monde réel. Seule l’extension technologique éloigne le monde virtuel du monde réel. Et c’est l’effet de cet éloignement, de soi-même dans un autre monde, qui agit sur les habitants du monde virtuel. C’est le cas, par exemple, de cette impression de liberté que l’auteur d’un blogue éprouve en publiant un billet sur Internet. Un tel personnage est facilement imaginable dans un roman. Et on imagine qu’il sera vite coupé d’une réalité pour une autre ou déchiré entre deux réalités ou encore suspendu entre les deux. Je le répète, la littérature peut tout raconter et, au sujet de monde virtuel, il n’est pas besoin de contraindre l’écriture à un autre style que linéaire.

Qui plus est, l’abandon du style linéaire n’est pas utile car la logique n’émerge pas d’elle-même, tant dans le monde réel que virtuel. Pour être compris, il faut respecter un certain ordre dans lequel se produisent les événements, même superposés les uns aux autres dans le temps et dans l’espace, à moins d’aimer l’absurde.

Dans les deux cas, le Courrier international et le magazine en ligne Slate, on parle du «roman 2.0» en allusion au «Web 2.0» : «Place au roman 2.0» et «The Novel, 2.0».

Au détour d’articles et autres dossiers de presse, vous avez sans doute découvert que le Web entrait dans une nouvelle version : 2.0. Plutôt étrange sachant que le Web n’est ni un programme, ni un langage de programmation qui pourrait justifier une numérotation des nouvelles versions. Du reste, les définitions semblent se contredire comme le souligne Hubert Guillaud sur InternetActu : « D’un côté, il est vu comme le basculement des techniques vers des services, de l’autre il représente un nouveau réseau d’interaction sociale. Dans les deux cas pourtant, il replace l’utilisateur et ses relations avec les autres, plutôt qu’avec des contenus ou des machines, au centre de l’internet. Le web 2.0 est résolument relationnel. » La première phrase de l’article de Guy Hervier sur ITRManager restitue bien la confusion et la multiplicité des définitions qui sont associées à ce web 2.0, né de nulle part : « Le Web 2.0 est une sorte d’auberge espagnole où chacun peut apporter quelque chose ou trouver ce qu’il souhaite. Concept technologique pour les uns, évolution fonctionnelle du Web pour les autres, vaporware marketing pour d’autres encore… » Mais comme le signale Hubert Guillaud, tous s’entendent toutefois sur le fait que « le web 2.0 est une plate-forme d’innovation qui fait en quelque sorte du web un système d’exploitation. » Anicet Mbida sur 01Net conforte cette analyse, récapitulant les précédentes versions que l’on peut envisager du Web dans ce contexte (1.0 et 1.5) et estimant qu’avec la version 2.0 « le Web n’est plus une collection de sites, mais une sorte de système d’exploitation pour applications Web. À terme, les services de Web 2.0 pourraient remplacer les applications bureautiques. » Finalement, Wikipédia offre une définition suffisamment large à ce concept étendu : « Web 2.0 est un terme souvent utilisé pour désigner ce qui est perçu comme une transition importante du World Wide Web, passant d’une collection de sites web à une plateforme informatique à part entière, fournissant des applications web aux utilisateurs. Les défenseurs de ce point de vue soutiennent que les services du Web 2.0 remplaceront progressivement les applications de bureau traditionnelles. »

Toutes ces lectures sont à compléter avec cet article d’Eric van der Vlist, « Web 2.0 : mythe et réalité« , très complet.

Source

Cette autre définition résume bien le Web 2.0: «Considéré comme l’évolution naturelle du web actuel, le web 2.0 est un concept d’utilisation d’internet qui a pour but de valoriser l’utilisateur et ses relations avec les autres.» (source) En image, voici la différence en le Web 1.0 (partie supérieure de l’illustration) et le Web 2.0 (partie inférieure de l’illustration) :

Pour avoir une idée de ce qu’est le «roman 2.0», il suffit de remplacer «site web 2.0» par «roman 2.0» dans l’illustration ci-dessus.

Le roman 1.0 se limitait à la publication d’une œuvre sur un site Internet par son auteur. Les internautes intéressés pouvaient accéder au site et lire le roman, page par page ou chapitre par chapitre. Le roman 1.0 pouvait alors contenir autant d’illustrations que le souhaitait l’auteur, sans aucune des contraintes budgétaires connues avec l’impression papier. L’auteur pouvait aussi mettre autant de liens hypertextes voulus dans son texte. Les romans version 1.0 les plus originaux contenaient aussi des pages pour la présentation des personnages, du décor, de l’époque, les sources factuelles,…

Le roman 2.0 implique une participation des lecteurs à l’œuvre. Au départ, cette œuvre peut être le fruit du travail d’un seul ou de plusieurs auteurs. Dans un cas, l’œuvre publiée sera complète et on attendra de la part des lecteurs des critiques que l’auteur est libre d’accepter pour ensuite, le cas échéant, modifier son œuvre. Dans un autre cas, l’œuvre publiée est incomplète et l’auteur compte sur les lecteurs pour l’aider à en poursuivre l’écriture voire pour écrire eux-mêmes la suite. L’auteur peut se donner le rôle de modérateur et publier ainsi uniquement les contributions qu’il approuve ou être un simple spectateur. La participation des lecteurs peut prendre différentes formes. Par exemple, l’auteur peut poser une question aux lecteurs et les réponses influencer sa rédaction de la suite du roman: «Que pensez-vous que le personnage XYZ fera?», «Que contient l’enveloppe laissée sur la table de chevet du personnage principal?», «Avec qui discute le personnage XYZ au téléphone?»,… Une autre consiste à demander aux lecteurs d’écrire eux-mêmes des parties du roman. À l’occasion, le dénouement d’une telle œuvre ne fera pas consensus et l’auteur lui donnera plusieurs fins optionnelles. Dans les deux cas, le produit final est «œuvre évolutive». À ce roman pourra s’ajouter tout ce que le Web 2.0 offre: des extraits audio, des vidéos, un site de clavardage avec l’auteur, un blogue d’échange entre les lecteurs, des cartes géographiques animées,…

Ainsi, non seulement la littérature peut représenter le monde virtuel mais elle peut elle-même en faire partie, avec ou sans participation des lecteurs internautes.

Le seul et unique problème du roman 2.0, c’est l’intérêt et la cohérence de l’œuvre, comme le démontrent des expériences passées. Sur Internet, le style linéaire est difficile à maintenir en raison des lecteurs contributeurs, ces derniers en ne se donnant pas toujours la peine de prendre connaissance de l’ensemble des travaux d’écriture avant de contribuer.

Le malaise des écrivains face au roman 2.0 n’étonnera personne puisque l’écriture est avant tout un acte solitaire.


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Président éditeur, Fondation littéraire Fleur de Lys

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